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Les grands principes budgétaires d'une collectivité


Les budgets des collectivités territoriales doivent respecter 5 grands principes budgétaires. Ceux-ci sont : l’annualité, l’universalité, l’unité, la spécialité et l’équilibre réel.

Ces principes sont à la fois des règles de fond et de procédure. Ils doivent faire l’objet d’une application stricte. Cependant, la plupart d’entre eux comporte une ou plusieurs dérogations, qui visent à simplifier les procédures ou à améliorer la gestion budgétaire.

Toutes les collectivités et leurs groupements, peu importe leur taille, ont l’obligation de respecter ces principes. Plus généralement, ceux-ci s’appliquent à l’ensemble des finances publiques (y compris celles de l’Etat et des administrations de sécurité sociale), bien qu’avec des dérogations différentes.


A quoi servent ces principes budgétaires ?

De manière générale, ces principes sont les garants de la démocratie locale, à travers le rôle de l’assemblée délibérative. Ils permettent à l’assemblée d’avoir une connaissance détaillée et transparente du budget proposé au vote. A posteriori, ils facilitent le contrôle et assurent que le budget voté soit effectivement exécuté. Enfin, ces principes garantissent l’autonomie financière des collectivités locales par rapport à l’Etat, et donc leur indépendance.

À lire sur le même sujet : Le fonctionnement du budget des collectivités territoriales.

Quels sont les grands principes budgétaires ?

1. Principe d’annualité

Un exercice budgétaire est une période allant du 1er janvier au 31 décembre. Le budget de la collectivité doit donc être voté chaque année. Ce principe a deux conséquences :

  • L’autorisation de l’assemblée délibérante n’est valable que pour un an. Cela interdit d'inscrire dans le budget des autorisations portant sur plus d'une année.

  • La durée de l’exécution est d’un an. L’exécutif doit donc utiliser dans l’année les crédits accordés.

Trois types d’exception à ce principe existent.

Premièrement, le budget primitif peut donc être voté jusqu’au 15 avril, puisque sa préparation est un processus long et qui s’appuie notamment sur des dispositions votées par l’Assemblée nationale en loi de finances. Avant cela, l’exécutif peut recouvrer les impôts, et engager des dépenses de manière limitée. Après le vote du budget primitif, le budget de la collectivité peut encore être modifié par un budget supplémentaire et des décisions modificatives. Ces mécanismes permettent de prendre en compte le fait que les prévisions, aussi sincères soient-elles, ne peuvent pas être parfaitement exactes.

D’autre part, certaines dépenses spécifiques peuvent être autorisées de manière pluriannuelle. L’assemblée locale peut ainsi voter des Autorisations de programme (AP, pour la section d’investissement) ou Autorisations d’engagement (AE, pour la section de fonctionnement). Celles-ci correspondent à un montant maximum, consacré à une dépense spécifique, et sans limite de durée. Ces autorisations sont encadrées par des règles strictes. Les collectivités peuvent également utiliser un Plan pluriannuel d’investissement (PPI) pour améliorer leur gestion.

Enfin, la période complémentaire assouplit le principe d’annualité du point de vue comptable. Jusqu’au 21 janvier de l’année suivante, l’ordonnateur est autorisé à effectuer certaines dépenses, de manière limitée. Les décisions modificatives peuvent aussi être prises jusqu’à cette date, pour prendre en compte les opérations de fin d’exercice.

2. Principe d’universalité

L’universalité budgétaire suppose que l’intégralité des dépenses et des recettes sont décrites au budget. Ce principe se rapproche de l’idée de sincérité du budget. Il se décline par deux règles :

- Il n’est pas possible de contracter les recettes et les dépenses, c’est-à-dire d’effectuer des compensations entre les unes et les autres. Cela permet à l’assemblée d’avoir une connaissance détaillée de toutes les opérations financières prévues.

- Il n’est pas non plus possible d’affecter des recettes. Cela signifie que les recettes doivent financer indifféremment les dépenses, sans qu’il n’y ait de corrélation entre certaines dépenses et certaines recettes. Des exceptions existent, notamment à travers les budgets annexes.

3. Principe d’unité

L’unité du budget signifie que toutes les dépenses et recettes doivent figurer dans un budget unique. Ce principe complète donc celui de l’universalité, en précisant le cadre (un seul document). On qualifie ce document de budget général de la collectivité. L’unité budgétaire permet à l’assemblée locale de se prononcer sur un budget présenté de manière lisible. Du point de vue technique, elle sert également à s’assurer que le budget est bien à l’équilibre.

Là aussi, des dérogations existent pour des raisons pratiques et de bonne gestion. Ainsi, les budgets annexes (par opposition au budget principal) permettent d’identifier plus facilement l’activité de certains services, tels que la gestion de l’eau. Le budget supplémentaire et les décisions modificatives peuvent également être considérés comme des dérogations à ce principe.

4. Principe de spécialité

La spécialité consiste à n’autoriser une dépense qu’en l’affectant à un service (ou plusieurs services) en particulier, et dans un but défini. Par exemple, vous ne pouvez pas vous contenter d’affecter un montant à l’éducation, sans précision supplémentaire. Cela signifie que l’autorisation donnée par l’assemblée locale est détaillée, par chapitre et par article.

Ce principe permet la bonne information de l’assemblée lors du vote et facilite le suivi budgétaire et le contrôle. Il n’a pas d’exception.

À lire sur le même sujet : Le suivi budgétaire.

5. Principe de l’équilibre réel

Un budget à l’équilibre réel est un budget dont les recettes sont égales ou supérieures aux dépenses. Cet équilibre s’applique à l’intérieur de chaque section (fonctionnement et investissement). Il s’applique également entre les deux sections, et donc à l’ensemble du budget. Le terme « réel » renvoie à la sincérité du budget et des comptes : l’équilibre ne doit pas être qu’apparent sous l’effet de manipulations comptables.

Pour la section de fonctionnement, l’équilibre a une signification supplémentaire : cette section ne peut pas être financée par l’emprunt. On parle de "règle d'or budgétaire".


Quel est le risque en cas de non-respect des principes budgétaires ?

Le non-respect de ces principes peut entraîner l’annulation ou la rectification du budget. Les budgets locaux font l’objet d’un contrôle budgétaire et de légalité par le représentant de l’Etat.

Le contrôle budgétaire concerne 3 cas de défaillances du budget adopté (ainsi qu’une défaillance liée au compte administratif) :

  • Non-adoption du budget dans les délais légaux (principe d’annualité).

  • Adoption d’un budget en déséquilibre (principe d’équilibre réel).

  • Non-inscription d’une dépense obligatoire (principes d’universalité et d’unité)

Le préfet peut alors saisir la Chambre régionale des comptes (CRC).

D’autre part, le préfet effectue un contrôle de légalité, comme pour toutes les décisions administratives des collectivités. Celui-ci couvre tous les autres aspects du contrôle, tels que les vices de forme, le détournement de pouvoir, etc.


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