• Xavier Kouassi

Peut-on être une smart city sans smart administration ?


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Il y a aujourd’hui nombres de communes qui se définissent comme des smart city ou engagées dans des processus similaires. Mais combien d’entre elles peuvent se prévaloir de disposer des attributs de la smart administration ?

On pourrait par analogie appliquer la définition de la smart city à la smart administration. La première est définie comme « la ville utilisant les technologies de l’information pour accroître son efficacité opérationnelle, diffuser des informations à ses citoyens et visiteurs, ainsi qu’améliorer la qualité des services publics ». Mais cette définition ne peut pas s’appliquer à la smart administration pour qui l’adoption d’outils numériques et notamment ceux utilisant l’intelligence artificielle (IA) a pour objectif d’améliorer le pilotage des politiques publiques et développer une approche transversale des missions remplies par les services municipaux, tant en terme de ressources que d’impact sur la vie des citoyens.

L’Open Data est à vrai dire le cheval de Troie de la modernisation des administrations communales dans le sens de la smart administration. En effet la transparence à l’égard du public, la mise à disposition d’informations pouvant intéresser citoyens et acteurs privés, amène les mairies à adopter la même démarche en interne. C’est cette recherche de transparence, de transversalité et d’accès augmenté à l’information qui caractérise le mieux la smart administration.

La smart administration est la connaissance fine qu’une mairie a de ses activités, des usagers de ses services.

C’est pouvoir analyser l’effet de ses politiques publiques, sa capacité à faire cohabiter des publics différents tant en terme de genre que d’origines sociales, dans les lieux de socialisation, d’expressions culturels, sportives ou associatives. C’est aussi être en capacité de définir les coûts des services publics municipaux.

L’accès à la donnée, sa valorisation et la capacité à analyser son contenu sont les principaux moteurs de la smart administration. L’un des apports déterminants des nouveaux outils à destination des collectivités est le « Data mining » ou forage des données qui permet de croiser différentes sources de données et ainsi d’établir des corrélations servant à améliorer l’action publique.

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Les démarches de planification globales ne peuvent plus se satisfaire d’une approche sectorielle et segmentée que l’on peut résumer sous le terme «silo». La modernisation des villes doit nécessairement passer par celle des administrations qui les dirigent. Les systèmes d’informations cloisonnés par métiers doivent aujourd’hui pouvoir s’intégrer dans une seule base de données accessible via une interface simple d’utilisation.

Cela est d’autant plus important que la baisse des dotations des collectivités rend nécessaire l’adoption de nouvelles pratiques, pour une meilleure gestion des ressources des communes tant en termes d’agents que de finances.

Dans son dossier du 21 mai 2018 portant sur ‘Le vrai coût des services publics: un défi d’efficience.’ La Gazette des communes met en lumière la difficulté pour les collectivités de préciser le coût des politiques publiques afin de les évaluer. Cela tient à plusieurs éléments que sont : les obstacles à la mise en place d’une comptabilité analytique, la difficulté pour les agents à se saisir des outils numériques, l’intervention de plusieurs systèmes d’informations pour mesurer le coût d’un même service ou équipement, l’inertie des administrations qui sans mécanismes incitatifs (aides, appels à projets), ou dirigeants porteurs du processus de modernisation, n’opèrent pas la mue nécessaire.

Seules 1,7 % des villes ont un projet opérationnel relatif aux données

Dans son étude parue en novembre 2017 ‘En route vers des villes plus intelligentes! Comment penser et construire la smart city en Villes de France ?’, l'association Villes de France note que : « Les données qui constituent le nerf de la guerre dans l’élaboration d’une stratégie smart city, sont pourtant le parents pauvre de la stratégie des villes moyennes : seules 1,7 % des villes ont un projet opérationnel ».

L’adoption d'outils de pilotage des politiques publiques par des communes telles que Courbevoie, Issy-les-Moulineaux ou Clichy-la-Garenne, est la preuve qu’une prise de conscience de l’intérêt d’avoir une approche transverse des données fait son chemin. Ces outils d’aide à la décision, permettent de piloter quotidiennement les politiques publiques, et facilitent sans commune mesure le reporting de l’activité des services.

Vous l’aurez compris la smart administration est consubstantielle à la smart city, il ne s’agit pas d’un nouveau concept marketing, mais plutôt d’une rationalisation de l’évolution des collectivités locales et territoriales. Seules les villes capables de déployer une smart administration pourront demain être des smart cities.